Conseils à un ami président

Monsieur le Président, en tant que membre de la grande confrérie des cœurs généreux, et par des temps difficiles pour toute politique se voulant humaniste et nivelante, je me sens en devoir de vous prodiguer quelques conseils en communication. La situation est à ce point désespérée qu’il faut vous réfugier, à l’instar de vos prédécesseurs, dans le paraître, ce qui est aussi, d’une certaine manière, tout un art. Dans la mesure du possible, j’aimerais beaucoup que ce courrier puisse rester confidentiel, vous comprendrez vite pourquoi.



Scandalisé par l’image ci-dessus, diffusée depuis quelques jours sur la toile (et effigie dont certains s’affublent outrageusement sur quelque t-shirt ou casquette !!), mon sang n’a fait qu’un tour. Nous ne pouvons laisser mettre en doute votre virilité d’une part, et d’autre part laisser entendre peu ou prou que le PS et l’UMP mènent la même politique. Pour mettre fin à la déveine dont vous êtes la victime depuis le début de votre mandat, je vous ai concocté un programme rédempteur. Vous m’en direz des nouvelles…

2015 :


On commence en trombe avec un sujet sensible, les commémorations des 70 ans de la fermeture du camp d’Auschwitz le 27 janvier 2015. Impossible de vous soustraire à cet anniversaire, vous savez combien le CRIF (le Conseil représentatif des institutions juives de France, pour celles ou ceux qui étaient sur une île déserte ces trente dernières années) ne vous le pardonnerait pas et vous risqueriez d’y perdre votre rond de serviette. Deux problèmes en découlent, dont il faudra prévoir les effets sur votre image. D’une part le camp d’Auschwitz a été libéré par l’Armée rouge, et il faudra donc ce jour-là partager l’estrade avec le président Poutine, au risque de fâcher le président Obama à qui vous devez des comptes ; rassurez-vous, ce dernier n’y coupera pas non plus, évitez simplement d’adresser la parole à l’ogre russe devant tout le monde. D’autre part, les Arabes de France feront comprendre, d’une manière ou d’une autre, qu’on en fait trop pour les Juifs. Seule issue possible : en faire autant pour eux, et nous verrons cela plus bas.


Dans le prolongement de la date ci-dessus, celle du 8 mai 2015 n’est à manquer sous aucun prétexte (Armistice de la Seconde Guerre mondiale). Il va sans dire que, de toute manière, l’un au moins de vos ministres s’en serait souvenu et vous aurait mis la puce à l’oreille. Ce sera l’occasion de rappeler les valeurs que vous défendez officiellement, à savoir la lutte contre la barbarie, contre l’antisémitisme et le racisme, celle pour le progrès, la tolérance et l’amitié entre les peuples. Il serait en outre bien vu d’en profiter pour tacler le Front national et de montrer en quoi, selon la formule consacrée, le socialisme national que la peste blonde promeut « peut, à bon droit, rappeler aux esprits éclairés les heures les plus sombres de notre histoire ». Une bise à Angela Merkel sera de rigueur car symbolique, mais abstenez-vous d’être aussi tactile que votre devancier, vous ne possédez pas son côté marchand de tapis. De plus, il n’est pas certain que la chancelière comprenne cette marque d’estime de la part d’un homme aux convictions politiques si éloignées des siennes, et qu’elle n’en déduise pas malencontreusement que vous désirez la visiter, un soir, en scooter. Une pensée pour Sétif ne serait pas de trop non plus : sachez qu’il y a tout un électorat à reconquérir du fait de l’impopularité de Manuel Valls dans les milieux concernés, cause notamment de son impéritie dans le traitement du dossier « Dieudonné ».