Du sort des terroristes : la parenthèse Badinter ?

Ce texte n'engage que moi. Puisqu'il est question ces jours-ci de liberté d'expression, prenons-là au mot. Je libère donc la mienne.



Chacun a en tête les terribles images du 7 janvier dernier. Le premier journal télévisé de David Pujadas consacré aux attentats avait réuni un certain nombre d’ « experts » organiques. Parmi eux, il en est un dont la présence m’a interpelé : Robert Badinter. Pourquoi l’avoir invité ? Pour venir nous dire « surtout pas d’amalgames ! » ? Et s’il y avait plutôt là un message subliminal ? Et si Monsieur Badinter avait senti son grand œuvre vaciller dans l’émoi inédit de ces derniers jours, sous les coups de boutoir du chagrin, de la colère, du ras-le-bol et de la peur ? Concernant l’abolition de la peine de mort, Monsieur Badinter est en effet le vieux sage, le saint de la religion du progrès et le gardien du temple.


De fait, il faudrait bien peu de choses pour donner à l’abolition la touche démocratique qu’on lui a toujours refusée au-delà du PS : un simple référendum qui, curieusement, n’a jamais été requis. Ou presque ! Marine Le Pen se fait fort de le sortir de son chapeau magique dès que l’occasion se présente. C’est une manœuvre totalement électoraliste à laquelle elle s’est encore livrée le lendemain du drame. Robert Badinter avait donc eu le nez creux la veille. Seulement il répondait à cela par la condescendance de celui qui prétend que seuls des esprits énervés, au sang bouillonnant et aveuglés par le désir de vengeance peuvent accorder un poids quelconque au recours à la peine capitale.


Ce que Monsieur Badinter passe totalement sous silence, c’est la situation exceptionnelle que vit la France. Certains ont parlé d’état de guerre, d’autres condamnent l’expression de peur d’une politique répressive à la mode américaine suite au « syndrome 11 septembre ». Or, l’état de guerre ne se décrète pas réellement, il est bien souvent subi et se constate. En l’occurrence, si guerre il y a, il ne s’agit certainement pas de l’un de ces conflits en tutus bleu ciel orchestrés par l’ONU au nom de laquelle des soldats du monde entier que l’on paie cher servent de cibles inoffensives aux quatre coins du monde. Les policiers français n’ont pas cette vocation et leurs familles ne le tolèreraient pas. Il s’agirait davantage d’une guerre inédite : une sorte de guérilla inversée, une attaque menée par un assiégeant qui, sous des dehors autochtones, entretient une allégeance extérieure et mortifère.


Supposons donc que nous soyons effectivement dans cette situation et attachons-nous, en conséquence, au sens des mots. En temps de guerre, la communauté nationale doit être unie et s’attendre à détruire l’adversaire, d’autant plus lorsque c’est une guerre qui lui est déclarée lâchement et que ses élites prétendent avoir tout fait pour l’éviter au doux son de la « tolérance ». La communauté nationale est celle qui rassemble tous les Français. Les musulmans, comme les autres. Non pas les Musulmans français, qui sont une aberration, mais les Français musulmans, comme il doit y avoir des Français chrétiens, des Français juifs et des Français athées. Un Français n’aime pas la France exclusivement, mais il l’aime avant tout et c’est non négociable.


La guerre engagée doit être menée à son terme au profit de la France, c’est-à-dire par la mise hors d’état de nuire des soldats qu’on lui oppose. Sans faux-fuyants, soit il faut les tuer, soit il faut en faire des prisonniers à restituer par la suite à qui de droit (cette deuxième option fera rire tout le monde). Ceux que nos forces de l’ordre ont eu à affronter la semaine dernière étaient certes fanatisés, mais il y en a de tels dans toutes les guerres. Alors si la France est vraiment en guerre, ces hommes, avec leur foi en bandoulière, devaient mourir par tous les moyens. Que nos compatriotes musulmans se rassurent cependant : fût-ce par représailles, toute personne attentant sur le sol national à la vie de l’un d’entre eux parce qu’il est musulman devrait, dans les circonstances qui sont les nôtres, subir le même sort en tant qu’ennemi de la nation. La République doit avoir le monopole de la violence et en faire bon usage.


Je sais l’effroi suscité par mon propos. Je voudrais le tempérer par une analyse succincte et objective du dénouement de l’affaire. Les trois principaux terroristes ont été tués. Ces hommes étaient tous connus des services de police. Tous avaient bénéficié, à un moment ou à un autre, des services sociaux que la France est l’un des rares pays au monde à dispenser sans compter. L’un d’eux, semble-t-il, avaient même été invité à l’Élysée entre deux séjours en prison. Néanmoins, tous ont fini par se radicaliser. Vraisemblablement ils se sont rencontrés en prison et y ont probablement planifié leurs desseins communs. Et malgré tout, ils auront été libérés car la justice française finit toujours par prendre en pitié ce genre de personnages. Tout ceci témoigne d’une triste réalité qu’il n’est plus temps de nier : la France est dans une impasse dont elle a elle-même maçonné les murs.


Il m’est avis que très peu de nos compatriotes espéraient que ces tueurs soient pris vivants. Peut-être leur semblait-il évident que tôt ou tard ils auraient eu alors à recroiser leur route. Peut-être, surtout, se doutaient-ils inconsciemment qu’une République qui, en matière répressive, ne connaît rien d’autre que la prison se trouve réduite à espérer l’anéantissement de tels individus lors d’un assaut pour pouvoir garder les mains propres et dauber sur les pays ayant fait le choix de la peine capitale dans une situation analogue. Admettons une minute qu’ils s’en soient sortis vivants. Ou bien, tenez, admettons qu’Hervé Gourdel ait été tué des mains d’un jeune Français – ce qui n’est pas de la science-fiction lorsque l’on sait que les banlieues françaises sont le principal vivier des islamistes dans le monde occidental. Admettons que cet homme ait été pris vivant, qu’adviendrait-il de lui au terme d’un procès durant lequel un ténor du barreau aurait pris sa défense ? Il retournerait en prison, c’est-à-dire précisément l’endroit où naissent les vocations. (Rappelons au passage que la prison à vie n’existe pas et ne peut exister dans le « pays des droits de l’homme »). Il y a donc de fortes chances pour que ces hommes, privés de leur statut de martyrs, deviennent des héros et des exemples à suivre au contact de certains de leurs codétenus. Alors que faire, isoler chacun de ces meurtriers en puissance ? Est-ce que l’état des prisons françaises et la surpopulation carcérale laissent présager une seule seconde une telle possibilité ?


Un grand philosophe disait un jour « le changement, c’est maintenant ». Ce week-end, on a même pu entendre que « plus rien ne sera comme avant ». Chiche ? Concrètement, qu’est-ce qui va changer ? N’aura-t-on pas droit à des minutes de silence, à des mines consternées et à des marches pour la paix ? Qu’est-ce qui va changer ? Le nombre de policiers à pouvoir servir de cibles dans nos rues ? Qu’est-ce qui va changer ? La farandole des hypocrites qui, dans nos médias, viennent nous dire « pas d’amalgames » tout en demandant l’union nationale, eux qui ont tout fait pour détruire la nation ? Soyons sérieux. Le seul changement envisageable consiste d’une part à imposer la France et son identité au centre de nos préoccupations et de nos discussions, d’autre part à s’interroger sur le sort que la France doit réserver à ses pires ennemis en son sein. Il est clair que Marine Le Pen fait de ce dossier un argument électoraliste, mais le sujet amène tout un lot de questions auxquelles Monsieur Badinter est incapable de répondre. L’abolition de la peine de mort est le luxe des pays en paix.


Aujourd’hui, le monde entier regarde la France. Depuis quelque temps c’est souvent le cas, notamment depuis que Monsieur Catastrophes a investi l'Élysée et fait la une de Closer. Jusqu’à présent c’était pour rire de nous, pour se moquer des Français qui, décidemment, n’étaient plus à une avanie près. À présent, tout le monde pleure nos morts et n’attend qu’une chose : que la France donne le la, comme elle a toujours su le faire par le passé après avoir touché le fond. Si nos hommes politiques, tous bords confondus, pensent que le pays n’y est pas encore parvenu et se savent incapables ni de l’y amener une bonne fois pour toutes, ni d’y remédier, alors, comme le disait un autre grand philosophe, copain du premier, « qu’ils s’en aillent tous ». Quoi qu’il en soit, la France multiculturelle ne se prépare pas des lendemains qui chantent.

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