Faut-il sauver le soldat Le Pen ?

Les conflits au FN auront alimenté le psychodrame politique du mois d’août. L’ensemble des journalistes se sont jetés dessus comme une meute de chiens sur un os, voire comme un nuage de mouches vertes. Bref… La mine grave, les uns et les autres se sont complu à donner l’idée que le sort de la France se jouait dans les tensions entre le père et la fille. Il faut dire que la classe politique est tellement pitoyable, tous bords confondus, que le parti devenu le premier de France sans jamais avoir exercé le pouvoir attire forcément la curiosité, quand ce n’est pas la sympathie. Mais au-delà du vaudeville, le cas Le Pen est révélateur.



Durant trente ans, on nous l’a présenté comme un démon borgne aux dents pointues, un être bouffi de haine, notre Hitler à nous. L’immense majorité des Français a marché à fond. J’ai notamment en mémoire les « ateliers civiques d’argumentation ». Institués entre les deux tours de la présidentielle de 2002 pour – je cite – « défendre la démocratie », ils se proposaient d’« apprendre à s’adresser à des personnes qui sont tentées de sortir de la démocratie » (comprenez les électeurs FN de l’époque), histoire de les ramener dans le camp du bien, celui des grands démocrates, des Strauss-Kahn, des Cahuzac ou des Balkany. Et tout ceci signé par un chercheur au CNRS en « sciences de la communication ». Difficile, après ça, de ne pas voir en Jean-Marie Le Pen l’ennemi public numéro 1 de la Cinquième République.


Et après toutes ces années à le maudire, à traquer ceux qui l’écoutaient, à le condamner pour chacune de ses provocations débiles, à l’espérer mort et enterré, voici qu’un parti met fin à son empire en lui signifiant qu’il nous a bien fait rire mais qu’il est temps d’aller taquiner le goujon et de laisser les gens sérieux travailler. Contre toute attente, ce parti, c’est le sien. On pouvait alors envisager des scènes de liesse, des orgies métissées, des effigies mises en pièces et piétinées comme dans ces pays au sang chaud. Eh bien, pas du tout. À présent, tout est entrepris, au contraire, pour faire du père Le Pen la victime d’une machination, le grabataire gras-battu, le dindon de la farce. De la justice aux journalistes, et de ses pires détracteurs à ses partisans les plus chauds, tout le monde s’en donne à cœur joie.


Que penser de tout ceci ? Que les masques tombent ; que, depuis quarante ans, la politique politicienne n’est, de manière consensuelle, qu’un jeu à somme nulle entre deux formations en cheville ; qu’en parallèle, le FN viril a fait le bonheur de tous ceux qui ont voulu masquer leur incapacité par des postures de résistants à la petite semaine ; que Jean-Marie Le Pen n’a jamais voulu le pouvoir, si ce n’est celui de faire le buzz dès qu’il le souhaite ; que ni lui ni ceux qui l’ont tant vomi n’ont intérêt à ce qu’il quitte la scène ; que sous la houlette de « Marine », enfin, le FN ambitionne à présent de devenir un parti comme les autres dans ce régime vérolé, à savoir… apte à prendre le pouvoir et à n’en rien faire. Et sans le pas de l’oie.


Si monsieur Le Pen veut vraiment rendre service à son pays, qu’il admette tout ceci noir sur blanc dans ses mémoires. Quant aux “fachobusters” qui ont adoré le détester et se sont sentis vivre les « heures sombres » une main sur le cœur et l’autre dans la culotte, qu’ils implorent le pardon de la France.


*Photo : montage Boulevard Voltaire

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