Hostiles, le western incorrect

Dernière mise à jour : 10 oct. 2020

Pour mieux flinguer Hostiles, western qui ne répond pas à sa vision multiculturelle, le journal Libé met en abyme la caricature et lui reproche d’être un film manichéen… en faisant, lui-même, preuve de manichéisme. 



J’allais rentrer dans la salle lorsque j’ai reçu le message suivant : « avez-vous lu la critique de Libé ? » J’ai répondu non et je l’ai lue. Il était question d’un « terne western » centré sur une « part d’infamie », d’un acteur « figé », voire « empaillé », d’un « colonisateur chevronné » et de « scalpages folkloriques pour mâcheurs de pop-corn ». Mais avant tout, le film Hostiles (de Scott Cooper) était accusé d’être profondément manichéen. Libé est pour moi un thermomètre inversé ; c’était le seul journal à descendre le film en flammes ? J’allais l’adorer. Et j’ai adoré.


La Forme de l’eau ou l'anti-Hostiles


Dès les premières scènes, le ton est donné. Le spectateur débarque en milieu « hostile », aux confins de l’empire des lois, parmi les sauvages de tout poil, là où l’homme a su longtemps conserver intacts sa part animale et son instinct de survie. L’Indien (en particulier le Comanche) apparaît à l’écran tel qu’il l’était encore dans La Prisonnière du désert de John Ford en 1956 : un détrousseur de grand chemin, nullement intimidé par les crimes les plus sordides, et un brin vicieux. Ford lui-même a contribué à en finir avec cette image d’Épinal, et à notre époque blanche comme neige, il est très mal venu d’y revenir. C’est pour cette raison que Libé veille. Le meilleur moyen de ne pas avoir à revivre les heures sombres du visage pâle est encore d’enfermer les spectateurs dans la caricature opposée : l’Indien nécessairement victime désarmée, l’homme blanc éternellement raciste et prédateur. Or le film de Scott Cooper brouille les cartes, au rebours, précisément, du manichéisme qu’on lui reproche dans Libé.


Le soldat que campe Christian Bale (parfois inégal dans son jeu) est un homme ayant vécu trop longtemps dans la haine, et pas n’importe laquelle. Celle dont il s’agit est une haine institutionnalisée, fortifiée par l’avancée de l’homme blanc dans le désert américain, par la résistance indienne et les massacres qui n’ont pas manqué de part et d’autre. Sur ce point, le procès du colonialisme vise juste. Mais c’est oublier un peu vite une chose : le métissage que des journaux comme Libé nous vendent tel la panacée a toujours résulté, tout au long de l’histoire de l’humanité, d’une phase de colonisation, de guerre et de haine mutuelle. C’est uniquement lorsque s’apaisent les eaux tumultueuses de deux torrents rentrés en contact que le mélange se fait. Dans le cheminement des trois principaux protagonistes du film (un officier usé par les combats, un vieux chef cheyenne malade et une veuve rescapée d’un massacre), c’est lorsque la grande histoire laisse place à la petite que chacun trouve en lui (dans la foi ou la tradition, peu en vogue de nos jours) l’énergie de survivre malgré la haine. Ainsi la réconciliation finale ne tombe-t-elle pas du ciel ; elle vient parce que la violence l’a pr