L’islam, « religion des pauvres » ?

D’après Emmanuel Todd, l’islam est, en France, la “religion des pauvres”. Je n’ai pas lu son dernier livre mais je l’ai clairement entendu le formuler ainsi. Selon moi, cette déclaration à l’emporte-pièce est à la fois vraie et malhonnête. Vraie, fatalement, parce que l’islam est un produit importé par une immigration récente, peu qualifiée dans l’ensemble, venue chercher du travail et un plus grand confort de vie. Malhonnête, toutefois, car cela laisse entendre que l’islam est le recours majeur des gens concernés contre la pauvreté, alors qu’il en est l’un des symptômes.



Historiquement, l’islam est une religion qui ramène tout à Dieu. Je veux dire que la médiation que constitue l’homme entre le divin et les choses ou les actes est bien moindre que dans le christianisme ; la notion de libre arbitre y est moins présente, le déterminisme plus étendu en conséquence. En particulier, les rapports de l’islam au temps, à la technique, voire à la propriété sont tout à fait différents.


Le Moyen Âge chrétien s’est doté d’horloges mécaniques ayant permis de rendre commune la parfaite cyclicité des jours qui passent. Non que ces procédés aient été inconnus en terre d’islam, mais officiellement, rien ne devait remettre en cause l’autorité du muezzin en cette matière, et surtout pas une machine humaine. De même, l’islam n’a pas connu les progrès de l’imprimerie des XVe et XVIe siècles en Europe ; l’arabe, langue de Dieu, tolérait difficilement un support profane et il a longtemps, très longtemps été hors de question de reproduire mécaniquement le Coran. Les premiers livres imprimés en langue arabe ont donc été le fait d’Européens. L’Église, quant à elle, a non seulement vu d’un bon œil l’apport de l’imprimerie, mais elle a su en faire un outil de prosélytisme. Ainsi la Bible est-elle devenue très tôt un best-seller mondial. Beaucoup d’autres rejets techniques furent du même ordre en pays musulmans.


Que suis-je en mesure d’inférer de tout ceci ? Eh bien que, durant des siècles, alors que l’Occident chrétien faisait lentement l’expérimentation de la productivité (rapport de la production au temps cyclique qui lui est imparti), de la diffusion de tous les savoirs ainsi que du progrès technique qui ferait tout son orgueil, l’islam se condamnait à n’y avoir accès qu’une fois les « Roumis » débarqués tapageusement sur son territoire. Commenceraient alors à poindre ce complexe d’infériorité et ce ressentiment d’ex-colonisé qu’instrumentalisent certains aujourd’hui en France, « Roumis » inclus. Mais ça, c’est une autre histoire…


On ne rend service à personne en minimisant la part de responsabilité de chacun dans le malheur qui l’accable. Voilà bien une chose que néglige totalement la sociologie d’État, avide de courbes et de camemberts.

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