Même sous la torture ?

Dernière mise à jour : 7 oct. 2020

« Pour ou contre la torture ? » Il est des questions tellement stupides qu’elles mériteraient presque à leur auteur un seau de tomates blettes. Ce n’est pas exactement celle qu’a posée Jean-Jacques Bourdin à Marine Le Pen il y a quelques jours (épargnons-lui donc ces fruits mûrs), mais la réponse espérée devait être aussi tranchée.



Monsieur Bourdin est passé maître dans l’art de l’entretien entre quatre yeux, à la bonne franquette, un verre dans une main et l’autre sur l’épaule de l’invité qui, ainsi apprêté aux brèves de comptoir, finit par se livrer sans fard. Ceci est devenu tellement rare dans nos médias aseptisés qu’il y a tout un public à l’affût de ce genre d’échanges ; il en attend de l’authentique, de l’opinion brute, ce que des gloussements de basse-cour appellent « dérapages ». Un peu comme chez l’enfant qui feint de croire encore que les bébés naissent dans les choux mais qui cache sous son matelas un vieux journal porno.


Qu’on ne s’y trompe pas pour autant : Monsieur Bourdin a un commerce à faire tourner, celui des buzz médiatiques. Il fomente, suscite et ménage ses effets d’une voix de stentor. Il est celui vers lequel se tournent les nostalgiques de vérités, celui par qui le scandale arrive. Certains nous font marcher, lui nous fait courir, et à son rythme encore. Monsieur Bourdin est ce qu’en course de demi-fond on appelle communément un « lièvre ».


Quelle fut donc sa dernière polémique en date ? Le fait de savoir, non pas si la torture pouvait en soi receler quelque légitimité – grand Dieu, non ! – mais si Marine Le Pen était, sur ce point, capable de faire entendre un autre son de cloche. Qu’on se rassure, elle a très vite récusé sa propre sincérité, expliquant qu’on avait mal interprété ses propos, que voici :


– Bourdin : « Est-ce que l’utilisation de la torture est excusable, parfois, dans certaines circonstances ? »


– Le Pen : « Il peut y avoir des cas, permettez-moi de vous dire, où lorsqu’une bombe – tic tac tic tac tic tac – doit exploser dans une heure ou dans deux heures, et peut faire accessoirement deux ou trois cents victimes civiles, où il est utile de faire parler cette personne pour savoir où est la bombe. »


– Bourdin : « Même sous la torture ? »


– Moi : « … Ah non Jean-Claude, voyons, autour d’un apéro ! »