Myriam et les conneries

Mis à jour : oct. 7

Myriam El Khomri est une jeune femme souriante et tout à fait sympathique. Elle manque simplement d’expérience. Et d’une, on ne s’acoquine pas à un gouvernement de bras cassés, fût-ce pour lancer sa carrière, et de deux, on ne se rend pas chez Jean-Jacques Bourdin. Jamais. Sauf pour faire le buzz, et c’est souvent à ses dépens. Mais derrière la polémique de la semaine au sujet de propos tenus sur le CDD, un bruit court et il est révélateur.



Il se dit dans une certaine presse (RTL) qu’après sa bourde, madame El Khomri, en off, a mis son “procès en incompétence” sur le fait qu’elle est femme, qu’elle est jeune et qu’elle est beur. C’est une information à prendre avec de menues pincettes, sur laquelle nous pouvons néanmoins rebondir. Je veux dire par là qu’elle pèse en effet dans la balance. Mais pas forcément du côté qu’on imagine.


En termes de représentativité politique, cela fait maintenant des années que la gauche donne le ton et que la droite s’est mise à son école. Selon les canons de la force politique au pouvoir, la forme compte plus que le fond, l’étendue prime la profondeur et la diversité physique des mandataires s’impose et relègue le critère de la compétence. Autrement dit, on veille tout d’abord à la parité et à la représentation desdites « minorités visibles » (selon l’âge, le sexe ou la couleur de peau) ; ensuite, seulement, on effectue un casting de fond.


Avant d’en tirer des conséquences, revenons sur l’affaire. Est-il fondamental qu’un ministre sache tout sur tout dans son périmètre d’attributions ? Bien sûr que non. Mais, en l’occurrence, est-il grave que le « ministre du Travail, de l’Emploi, de la Formation professionnelle et du Dialogue social » en sache moins sur le point en question que n’importe quel chômeur de longue durée ? Assurément oui. La « compétence » de notre jeune ministre et sa légitimité sont-elles donc à mettre en doute ? C’est fort possible. Si c’est bien le cas, ce ne serait ni la première, ni la dernière erreur de casting. En définitive, ne s’expose-t-on pas fatalement à cela lorsque le souci marketing de la représentativité laisse à la marge la compétence coûte que coûte ?


Il y a de fortes chances pour que certaines personnes mettent effectivement l’incompétence de Myriam El Khomri sur le fait que c’est une jeune femme d’origine arabe, ce qui est d’une grande stupidité. Mais il est tout aussi inacceptable que la classe politique mette aujourd’hui en avant de nouvelles têtes, non pour leur compétence, mais parce qu’elles sont femmes, voire jeunes, et parce qu’elles sont noires ou arabes.


*Photo : Arnaud Meyer

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