Pourquoi l’Union européenne ne sera jamais démocratique

Il est question ces jours-ci de voir sortir la Grèce de la zone euro, autrement dit de l’Union européenne, ni plus ni moins. Cette menace d’éviction a des choses plus intéressantes à révéler qu’une triste analyse monétaire. Il faut toujours profiter de l’actualité mesquine pour tenter une analyse de fond. Essayons-nous à cela.



L’Union européenne est un club de pays voisins, pacifiés, et ayant fait de la croissance éternelle leur unique finalité. C’est une sorte de guilde, fondant son utilité sur des critères exclusivement marchands. Toute référence à l’identité et aux spécificités culturelles des pays mis en rapport était, dès l’abord ou à terme, bannie de son logiciel. Au sortir de la guerre, il fallait trouver un moyen rapide et efficace de chloroformer les passions et d’inviter les peuples à se consacrer entièrement à des activités fructueuses et inoffensives, en profitant du formidable élan de reconstruction suscité. L’envie de noyer le chagrin continental dans la consommation a ainsi profité aux Trente Glorieuses. Mais lorsque, dans les années 70, la tempête économique s’est levée, l’autogestion marchande contre laquelle mettait en garde le général de Gaulle a pris du plomb dans l’aile et le besoin de politique s’est vite rappelé au bon souvenir des managers euphoriques.


C’est là que le bât blesse. En escomptant faire abstraction du recours à la politique et en faisant peu à peu des citoyens de simples producteurs-consommateurs, l’Union européenne a obéré son avenir. Elle n’a plus d’autre choix que de tenir pleinement le rôle insondable qu’elle n’a jamais cessé d’ambitionner, à savoir celui d’un empire marchand capable de se hisser au niveau de la concurrence internationale. Toute autre perspective un peu moins pot-au-feu est proscrite d’office. Ici intervient la question des limites…


La démocratie est un régime politique voué à la rencontre d’un peuple (dêmos), et d’un pouvoir (kratos). C’est déjà une gageure et les Grecs (les anciens, pas les récents) avaient pertinemment conscience qu’au vrai sens du terme, la « démocratie » ne peut être effective qu’au sein d’une communauté de taille idoine. Le mot « politique » vient du grec polis qui, comme chacun sait, signifie « cité », et ce n’est pas un hasard. Rousseau lui-même leur donnait raison : plus on étend le territoire administré et le nombre de ses ressortissants, plus s’éloigne la possibilité démocratique et plus se rapproche la forme impériale, despotique ou technocratique. La politique cède alors la place à l’économie, ce que le personnel de l’Union a parfaitement à l’esprit mais que les masses n’envisagent que difficilement, habituées qu’elles sont au gouvernement représentatif paré du nom de « démocratie ». Par conséquent, à moins de qualifier la démocratie contemporaine de régime purement économique, et non plus proprement politique, la tendance à la liquéfaction des peuples dans une zone de défoulement consumériste est contraire à l’esprit originel de la démocratie.


Finalement, c’est par la Grèce que vient le scandale monétaire, comme c’est par la Grèce que vint l’éventualité de la démocratie. Ce pays témoigne au moins d’une chose : économisme et politique ne font pas bon ménage. À trop aguicher le premier par nos comportements quotidiens, il n’est pas sûr que la seconde relève un jour la tête.

TENEZ-VOUS INFORMÉ...
  • Icône Facebook gris
  • Gris Icône YouTube
  • Icône LinkedIn gris
  • Icône Twitter gris

© 2020 Éric Guéguen (hébergement : o2switch / CMS : wix), tous droits réservés