Stéphane Guillon, la haine tranquille

Dernière mise à jour : 10 oct. 2020

On vit dans un étrange pays. Un pays où les résistants parlent très fort en public, et où les collabos n’osent l’ouvrir. On n’y voit que le maquis. Il est tellement vaste qu’il y faut fréquemment rappeler qui sont les vrais salauds à abattre. Pas les djihadistes, auxquels nos artistocrates rétorquent « vous n’aurez pas notre haine », mais tous ceux qui franchissent le Rubicon de l’extrême dextre et qui ont le courage… pardon… l’ignominie de l’assumer publiquement. Non, les djihadistes n’auront pas leur haine car ils la réservent à plus vil. À Nicolas Dupont-Aignan par exemple.


Un quarteron de bellâtres


Pour marquer les méchants nauséabonds du sceau de l’infamie, l’humanité en péril prépose régulièrement les meilleurs de ses enfants à une lutte acharnée. On l’a constaté récemment lors de l'affaire Théo, lorsqu’il s’est agi de se mobiliser contre les bâtons baladeurs des fascistes en uniforme. Le gotha des César et des Victoire de la Musique s’était alors dressé vent debout, et on avait échappé de peu à une « Place Théo »… bien qu’il soit peu probable que l’on parle des suites de l’affaire au Festival de Cannes.


Cette fois-ci, c’est un quarteron de bellâtres qui s’y sont collés. Le sang de chacun n’a fait qu’un tour lorsque le patron de Debout la France – qu’ils ont probablement découvert à cette occasion – a officiellement décidé de faire barrage… à saint Macron. En réaction à cela, Benjamin Biolay écrivait sur son compte Instagram : « à tes risques et périls, petite teupu » [« pute », dans l’idiome des rebelles]. Mathieu Kassovitz, sur Twitter, optait pour un « espèce de trou du cul ». Quant à Gilles Lellouche, dans le prolongement du précédent, il dédicaçait à l’objet de son dégoût une amicale « grosse merde. »


Mais c’est à leur aîné, Stéphane Guillon, qu’on ne présente plus, que revient la palme du bon goût ; il faisait, lui, intervenir la mère de Nicolas Dupont-Aignan, décédée deux jours plus tôt. Je m’y arrête car le cas de ce garçon est tout à fait emblématique d’un pays, d’une époque, de ses interdits et de ses postures, qu’illustrent bien souvent les sarcasmes faussement décontractés du personnage. C’est l’un des parangons de la résistance en carton dont les médias nous abreuvent, et l’on retrouve aujourd’hui cet esprit donneur de leçons à moindres frais chez bon nombre de nos concitoyens, persuadés qu’ils sont de rejoindre le séjour des Justes en criminalisant mécaniquement l’adversaire.

Le syndrome Tarantino

Improvisons-nous psychologues : Stéphane Guillon est de ces bateleurs atteints du syndrome Tarantino. En 2009, Quentin Tarantino réalisait un film intitulé Inglourious Basterds, dans lequel Brad Pitt et ses amis partaient en croisade musclée (et un brin cartoon) contre Hitler. On sait à quel point Tarantino éprouve le plaisir potache de voir gicler des poches de sang. Devenu grand spécialiste des nouveaux films « spaghettis », Tarantino les cuisine à la sauce US, bien lourds, bien gras et qui pèsent sur l’estomac, noyés sous des tonnes de ketchup. Or comment assouvir ce désir morbide d’hémoglobine sans un reproche, et comment inviter le spectateur à la même complaisance juvénile ? En allant chercher la lie