Tranche de vie parisienne

J’ai vécu vendredi 20 juin 2014 (jour de mes quarante ans) dans les transports en commun parisiens un petit événement qui m’a semblé suffisamment révélateur de certaines choses pour en faire un article. Du haut des tours d’ivoire de nos vertueux gouvernants, ce n’est qu’un battement d’aile de papillon, mais il ne tient qu'à chacun d’en faire une tornade.



Par ce beau matin de grève, dans ma France 2.0, je m’apprête à monter dans une rame de la ligne C du RER. Le temps est au beau fixe, les visages sont encore empâtés et la voix quotidiennement affectée aux mauvaises nouvelles nous avertit du retard du train. Celui-ci à quai, je monte à l’intérieur et m’installe à l’étage du dessous, sur une banquette où je vais pouvoir être seul le temps du voyage. Je constate que la douzaine de personnes autour de moi a fait de même. Le train démarre, nous partons et j’empoigne alors mon livre hebdomadaire pour en poursuivre la lecture.


Dix minutes plus tard environ, j’entends à quelques mètres dans mon dos une voix de jeune femme qui, semble-t-il, parle assez fort au téléphone. Probablement l’une de ces personnes convaincues d’avoir une vie suffisamment excitante ou drolatique pour en faire profiter son entourage du moment. Et la voici en discussion :


- Ouais, c’est chiant. Je dis c’est chiant. Je te dis qu’c’est chiant. C’est chi-ant…


J’arrête alors la lecture, pris en défaut de concentration, et m’aperçois que ma voisine, assise près des fenêtres de l’autre côté de l’allée centrale, commence à souffler bruyamment en levant les yeux au ciel. La personne assise deux places devant elle relève la tête et finit par se retourner furtivement pour déterminer la cause du désordre. Après quelques secondes de silence, nous y voici de plus belle :


- M’enfin quand même, c’est chiant ! Ah si c’est chiant ! Hein ? Ben c’est chiant, c’est tout…


À ce moment-là, nous levons toutes et tous la tête, excédés. La dame à mon niveau se retourne vivement et interpelle la poétesse :


- Oui, eh bien là c’est pour nous que c’est « chiant »…


Ni une ni eux, la jeune star lui répond :